Pourquoi les pages qui marchent ne sont pas celles qu’on croit

C’est presque une constante quand j’ouvre les statistiques d’un nouveau client : la page dont il est le plus fier, celle qu’il a peaufinée pendant des semaines, n’est pas celle qui ramène du monde. Ce sont souvent des pages secondaires, presque oubliées, qui font l’essentiel du trafic. Un client tenait mordicus à sa page d’accueil, retravaillée cinq fois avec une agence de design ; c’est une page d’aide technique rédigée en vingt minutes, trois ans plus tôt, qui lui amenait dix fois plus de visiteurs chaque mois. Ce décalage n’a rien de mystérieux une fois qu’on comprend comment les visiteurs cherchent vraiment.

La longue traîne fait plus de volume que les mots-clés vedettes

La longue traîne désigne l’ensemble des requêtes rares, longues et très précises, par opposition aux quelques mots-clés génériques que tout le monde vise. Une page qui cible « chaussures de randonnée » affronte une concurrence énorme ; une page qui répond à « comment choisir des chaussures de randonnée pour pieds larges en montagne » affronte presque personne, et attire un visiteur qui sait déjà exactement ce qu’il veut. Additionnées, ces requêtes précises représentent souvent plus de trafic cumulé que les quelques termes génériques sur lesquels tout le monde se bat.

L’intention de recherche compte plus que le mot-clé lui-même

Deux pages peuvent viser le même mot-clé et obtenir des résultats opposés parce qu’elles ne répondent pas à la même intention de recherche. Quelqu’un qui tape « imprimante laser » cherche parfois un comparatif avant d’acheter, parfois un mode d’emploi parce qu’il en possède déjà une, parfois le site du fabricant pour un pilote. Une page qui vend quand la personne cherche encore à comprendre, ou qui explique quand la personne est prête à acheter, rate sa cible même si le mot-clé est le bon. J’ai vu une fiche produit très travaillée rester invisible pendant des mois sur une requête où la quasi-totalité des résultats affichés étaient des comparatifs et des avis : tant que la page ne proposait pas ce format, elle n’avait tout simplement aucune chance d’apparaître, indépendamment de sa qualité.

Le taux de clic et la position moyenne racontent deux histoires différentes

Dans Search Console, la position moyenne d’une page peut être excellente, en troisième position par exemple, sans que le taux de clic suive : un titre terne ou une description peu engageante laissent filer des clics à un rang où la concurrence obtient bien plus. À l’inverse, une page en dixième position peut afficher un taux de clic étonnamment élevé si son titre répond très précisément à ce que la personne cherchait. Regarder l’un sans l’autre donne une image fausse de ce qui fonctionne vraiment.

Les pages orphelines, invisibles même quand elles sont bonnes

Une page orpheline est une page qui existe sur le site mais vers laquelle aucun autre lien interne ne pointe. Elle peut contenir un contenu solide, bien écrit, parfaitement dans le sujet : sans lien pour y mener, ni les visiteurs ni les robots ne la trouvent facilement, et elle stagne dans l’indifférence la plus totale. C’est souvent le sort des anciens articles, publiés puis jamais reliés aux nouveaux contenus qui les auraient remis en lumière. Sur un site vieux de plusieurs années, il n’est pas rare de retrouver ainsi une dizaine de pages parfaitement valables, simplement devenues invisibles parce que le menu et les articles récents ont cessé d’y faire référence depuis longtemps.

Le point commun entre ces quatre notions, c’est qu’elles se lisent toutes dans les mêmes rapports, sans outil compliqué ni abonnement payant. La difficulté n’est pas d’accéder aux chiffres, elle est de résister à l’envie de ne regarder que la page dont on est fier, et d’accepter que le site raconte parfois une histoire différente de celle qu’on avait en tête en le construisant.

Le concept de longue traîne, popularisé au départ pour expliquer le commerce en ligne avant de s’appliquer au référencement, est bien détaillé sur l’article Wikipédia qui lui est consacré. Pour repérer ces pages qui sous-performent ou qui dorment sans lien, les rapports détaillés de Search Console valent qu’on s’y attarde régulièrement, et pour un site marchand, ce constat pèse directement sur les fiches produits les moins visibles, un sujet que j’aborde sous l’angle de la boutique dans l’article sur l’ouverture d’une boutique WooCommerce.