Un client m’a appelé un lundi matin, la voix blanche : son site de vente de matériel horticole affichait une page blanche depuis la veille. Mise à jour ratée d’une extension, base de données corrompue. Premier réflexe : « on restaure la dernière sauvegarde ». Sauf qu’il n’y en avait pas. L’hébergeur ne gardait qu’un instantané mutualisé de sept jours, écrasé automatiquement, et personne n’avait jamais installé de plugin dédié. On a reconstruit le site à la main pendant trois jours, à coups de captures d’écran Google et de mémoire du client. Cette histoire, je pourrais la raconter avec dix noms différents : elle m’est arrivée bien trop souvent pour être une exception.
La règle 3-2-1, pas un gadget de consultant
La règle 3-2-1 tient en une phrase : trois copies de vos données, sur deux supports différents, dont une hors site. Appliquée à un site WordPress, ça donne : la version en ligne sur le serveur, une copie automatique programmée, et une copie stockée ailleurs que chez l’hébergeur qui fait tourner le site. Le chiffre paraît arbitraire, il ne l’est pas : il protège contre les trois façons dont une sauvegarde disparaît en même temps que le site qu’elle est censée protéger — panne matérielle, erreur humaine, ou piratage qui chiffre tout ce qui reste accessible depuis le serveur compromis.
UpdraftPlus, et ce qu’il y a vraiment dans une sauvegarde
Sur la quasi-totalité des sites que j’administre, c’est UpdraftPlus qui fait le travail. Il produit deux choses bien distinctes : les fichiers du site (thème, extensions, médias) d’un côté, et un dump SQL de la base de données de l’autre, c’est-à-dire l’export complet des tables qui contiennent les articles, les réglages, les commentaires. Beaucoup de sites plantent parce qu’on a sauvegardé les fichiers en oubliant la base, ou l’inverse. Les deux sont indissociables : sans la base, les fichiers ne servent à rien ; sans les fichiers, la base ne s’affiche nulle part.
Une fréquence adaptée au rythme du site
Un site qui publie tous les jours mérite une sauvegarde de base de données quotidienne et une sauvegarde complète hebdomadaire. Un site vitrine qui bouge une fois par mois peut se contenter d’un rythme hebdomadaire pour l’ensemble. L’important n’est pas la fréquence maximale possible, c’est la fréquence qu’on ne désactivera jamais faute de temps un jour de rush.
Combien de versions garder, et pourquoi une seule ne suffit jamais
Une erreur fréquente consiste à ne conserver qu’une seule sauvegarde, la plus récente, écrasée à chaque nouveau cycle. Le problème arrive quand le souci vient de loin : un piratage silencieux découvert trois semaines après les faits, une extension qui corrompt discrètement des données pendant des jours avant que le symptôme n’apparaisse. Sans historique, on restaure une sauvegarde déjà contaminée. Je conseille de garder au minimum quatre à six versions échelonnées dans le temps, pas seulement la dernière en date, même si cela demande un peu plus d’espace de stockage.
Pourquoi la sauvegarde doit sortir du serveur
Garder ses sauvegardes sur le même disque que le site qu’elles protègent revient à ranger le double des clés dans la serrure. Si le serveur tombe, si un rançongiciel chiffre l’arborescence, ou si l’hébergeur subit un incident, la sauvegarde disparaît avec le reste. La sauvegarde hors serveur, sur un espace cloud, un stockage dédié, ou même un simple compte distinct de l’hébergement, est la seule qui survit à un incident touchant le serveur lui-même. J’organise ce genre de stockage au quotidien selon les mêmes principes que ceux détaillés dans l’article consacré au stockage de fichiers : la logique du hors-site vaut pour les documents comme pour les sites web.
La restauration testée, l’étape que tout le monde saute
Une sauvegarde qu’on n’a jamais essayé de restaurer n’est qu’une hypothèse. J’ai vu des archives corrompues sans que personne s’en aperçoive pendant des mois, des dumps SQL tronqués par une limite de mémoire du serveur, des fichiers de sauvegarde jamais complets parce que le processus s’interrompait silencieusement en cours de nuit. La seule façon de savoir qu’une sauvegarde fonctionne, c’est de la restaurer, au moins une fois, sur un site de test ou un sous-domaine dédié. C’est fastidieux, ça prend une demi-journée, et c’est probablement la demi-journée la plus rentable de l’année pour qui gère un site professionnel. Je le fais systématiquement après chaque montée de version majeure de WordPress ou de PHP chez l’hébergeur : c’est le moment où une sauvegarde a le plus de chances d’être sollicitée pour de vrai, et le pire moment pour découvrir qu’elle est inexploitable.
La plateforme publique Cybermalveillance.gouv.fr le rappelle régulièrement dans ses recommandations aux victimes d’attaques : une sauvegarde régulière et déconnectée du système touché reste la meilleure protection contre les rançongiciels, bien avant n’importe quel antivirus. Ce n’est pas une option de confort, c’est la digue qui tient quand tout le reste a cédé. Et pour repérer un problème avant qu’il ne devienne une catastrophe qu’il faudra restaurer, la surveillance active du site, dont je détaille les outils dans le panorama des outils qui font tourner un site, reste le meilleur complément à une sauvegarde bien réglée.
